Compte rendu du WE 30 juin - 1er juillet 2007 : Sinsat (Ariège) et Porta

Sortie en commun avec les Naturalistes de l'Ariège.

Les participants SMBCN s'étant regroupés à l'heure prévue, nous rejoignons, de l'autre côté de l'Ariège, ceux de l'ANA qui ont commencé à herboriser un peu plus tôt.
La journée s'annonce chaude; il ne faut oublier les bouteilles d'eau.

Nous nous trouvons au pied d'un imposant massif calcaire "le Quié de Sinsat" dont les hautes falaises sont le lieu de nidification d'un grand nombre de rapaces mais aussi sont très fréquentées par les amateurs d'escalade. Au début du sentier un panneau rappelle aux escaladeurs que le Vautour percnoptère est protégé.

Le Quié de Sinsat

Nous ne sommes pas surpris par la flore car nous connaissons bien toutes ces espèces méditerranéennes et de terrain calcaire (voir diaporama). Cependant nous allons pouvoir observer et photographier deux plantes protégées.

Delphinium verdunense: (Verdun est un village ariégeois, proche de Sinsat, également situé au pied du Quié). Son nom vulgaire, Dauphinelle de Bresse, nous informe qu'il s'agit d'une messicole. La flore adventice des zones cultivées s'étant profondément modifiée depuis une trentaine d'années, sous l'influence des techniques agricoles, cette plante, comme la Nigelle de France, est en voie de disparition et bénéficie d'un statut de protection.

Chiliadenus saxatilis: La Jasonie glanduleuse est une Composée peu commune, que l'on peut aussi rencontrer dans les Bouches du Rhone et le Var. Elle pousse sur les coteaux rocailleux et arides entre zéro et 1000 mètres d'altitude. Toute la plante est très glanduleuse, ses feuilles sont raides et l'ensemble des fleurs sont tubuleuses. La floraison a lieu de juillet à Octobre. La photo ci-contre a été prise en septembre 06.

Chiliadenus saxatilis (photo Marc Tessier)
Juniperus thurifera

Ce n'est qu'après le pique nique, pris à l'ombre d'un bosquet, très apprécié de nous tous, que finalement nous trouvons le Genévrier Thurifère. D'abord quelques arbustes sur les replas des falaises ensuite trois d'entre nous, les plus courageux, trouvent, un peu plus haut, de vieux exemplaires et au tronc conséquent.

En ce début d'après-midi, la chaleur est intenable et Marc nous propose d'aller nous rafraîchir vers les sources pétrifiantes et les prairies humides toutes proches.

Juniperus thurifera

Ces zones humides situées sur la commune voisine de Ussat, occupent le fond de la vallée au bord de l’Ariège et sont alimentées par de nombreuses sources et résurgences au pied du versant calcaire. Nous avons remarqué entre autres les sources pétrifiantes avec leur cortège de bryophytes (Cratoneuron, Palustriella, Pellia,…) plus ou moins encroûtées et les mares ou fossés à Characées (Nitella syncarpa), algues à l’allure de prêle, formant des peuplements très denses.
Ces formations végétales constituent des habitats d’intérêt communautaire pris en compte dans le réseau Natura 2000.

Nitella syncarpa
Pic de Font Negre

Après une nuit très agréable au gîte d’étape de Mérens, nous avions rendez-vous au col de Puymorens pour rejoindre le Pas de la Casa, point de départ d’une excursion autour du Pic de Font Negre, commune de Porta, Pyrénées-Orientales. Le temps incertain nous a fait écourter l’itinéraire, prévu initialement pour atteindre la haute vallée du Campcardos et ses zones tourbeuses. Nous avons ainsi eu le temps d’herboriser sereinement dans les milieux variés qui s’étagent entre 2100 et 2400 m, au grand regret des meilleurs randonneurs d’entre nous ! Pelouses à Nard, pelouses subalpines à Fétuques, mégaforbiaies, bas marais à Carex nigra, landes à Rhododendron, landines à Loiseleuria, à Saules nains (Salix herbacea), éboulis, végétations rupicoles, pelouses écorchées, combes à neige, ruisselets, buttes de sphaignes, … tous ces « habitats » ont livré une flore riche et originale. En particulier, Salix lapponum, Saxifraga retusa, Anemone narcissiflora, Luzula desvauxii, Dryas octopetala…Au retour, certains ont pu observer de belles pelouses à Nard mésophiles ou hygophiles (en continuité avec les bas-marais à Carex nigra).
Ces formations, « riches en espèces » lorsque le Nard n’est pas trop dominant, constituent un habitat prioritaire de la Directive européenne « habitats » et bénéficie d’une protection renforcée.
Finalement, l’orage aura attendu que tout le monde ait regagné le parking pour se déchainer.

Texte : J. Argaud et L. Thouvenot
Photos : J. Argaud, S. Peyre et L. Thouvenot