Compte rendu de la sortie du 20 juin : Prades et Montaillou, en Ariège.
L’Ariège est un pays magique. Doué de pouvoirs surnaturels.
Partis de Perpignan, ce dimanche 20 juin, veille de l’été, de la fête de la musique, des feux de St Jean, nous avons fait un voyage dans le temps : une immersion totale, imprévue, une immersion en HIVER, avec tous les phénomènes météo l’accompagnant. Je vous laisse imaginer, mais vous n’arriverez pas à la hauteur de laréalité que nous avons vécue.

Jusqu’ aux essuie-glaces du véhicule de Roland (un mini bus) : ils fonctionnaient à grande allure peu avant notre arrivée à Prades, et soudain se sont  entrechoqués devant nos yeux incrédules, un a disparu, le principal, côté chauffeur, et l’autre condamné à s’arrêter.
Consternation et silence des passagers à l’intérieur. Attention soutenue de tous, pour scruter le mètre cinquante de visibilité qui s’étendait devant nous.
Plus tard, vers 10 h, alors qu’ avec un peu de retard nous avions retrouvé nos amis ariégeois qui nous ont accueillis comme des dieux, emmenés chez « Bexane », offert des cafés réconfortants, l’essuie-glace restant, attaché avec de la ficelle, repositionné devant la place du conducteur, l’autre, inexistant, remplacé par un énorme gant de toilette fixé avec de l’élastique, vers 10 h donc, montant vers notre but d’herborisation, le col de Marmare, nous avons cru alors que la nuit allait tomber, tant l’épaisseur de la pluie et des nuages était intense !.....

Et la botanique avec tout ça ?
Aucun signe de découragement apparent, nous sommes venus « voir des plantes », et prêts à tout pour conjurer ce mauvais sort environnant prêt à nous dévorer.
D’ailleurs, devant notre détermination face aux éléments, ceux-ci rendent un peu les armes et malgré les mains et les pieds plutôt gelés, nous avançons dans une pluie qui s’amenuise.
Des merveilles de plantes !
Resplendissantes dans ce climat frais, gorgées d’eau et turgescentes, elles arborent toutes  une taille impressionnante pour leur espèce, pas contraintes par une tramontane incessante et un soleil épuisant.
Et tellement pédagogiques, pour commencer !

Au bord du chemin, Erinus alpinus (Scrophulariacée) (ci dessous à gauche) et Saponaria ocymoides (Caryophyllacée) (ci dessous à droite) rivalisent de rose intense, coussin après coussin, et cela tombe bien pour annoncer : «  ne pas confondre ».

Côte à côte : Cephalanthera longifolia (à droite)   et Cephalanthera damasonium (Orchidées) (à gauche) : des fleurs d’un blanc pur, nombreuses, et des feuilles très longues rangées sur un même plan, pour le premier; quelques fleurs blanc jaunâtre peu nombreuses, et des feuilles beaucoup plus courtes pour le second.

Un peu plus loin, deux autres orchidées à fleurs plutôt blanches également : Dactylorhiza sambucina (ci dessous à droite) et Platanthera chlorantha (ci dessous à gauche) .

Et encore : deux euphorbes de même hauteur, 50 cm, à feuilles longues, entières :
Euphorbia amygdaloides et Euphorbia hyberna : ombelle entre 5 et 10 rayons pour la 1ère, glandes jaunes à longues cornes et capsule glabre ornée de sillons sur le dos. Ombelle à 5 rayons pour la 2ème, glandes marron et entières, et capsule glabre hérissée de gros tubercules.

Deux Daphnés, sans fleurs nous montrent aussi leurs différences : Daphne mezereum  aux longues feuilles molles et caduques. EtDaphne laureola  avec ses longues feuilles brillantes, coriaces et persistantes.  Les 2 espèces sont toxiques.

Après un déjeuner que nous avons pris, juchés sur des rochers offrant un semblant de siège au sec, nous reprenons les voitures direction Montaillou à quelques kms de là.
Montaillou devenu célèbre hors de ses frontières, grâce au livre « Montaillou, village occitan » d’E. Le Roy Ladurie.

 

Lis des Pyrénées ou Lilium pyrenaicum Gouan (ci contre)

Quelques apparitions de soleil fugaces, et nous  nous extasions devant ces prairies, bords de chemins et fossés colorés de jaune (Galium verum), rose (Cardamine raphanifolia, Silene dioica), violet noirâtre (Geranium phaeum (ci contre)), mais  surmontés des grandes ombelles blanches dominantes des Apiacées, dont certaines vont nous donner un peu de fil à retordre quant à leur détermination. Pourtant, elles se sont mises à notre portée, en élevant leurs ombelles jusque sous nos yeux : nous voilà devant Heracleum sphondylium, d’aspect massif, et devant l’élégant Chaerophyllum aureum.  On dirait un léger nuage blanc flottant au dessus de la prairie…

Cette après midi, qui surfe sur un fin rayon de soleil, nous rend à coup sûr réceptifs à la moindre respiration de la nature. Nous pouvons nous offrir nous aussi un soupir de
bien-être, reprendre la route en nous disant : « nous avons survécu à TOUTES les magies de l’Ariège ! »

   
 
Texte : Myriam Corsan
Photos : Monique Bourguignon et Serge Peyre