Compte rendu de la sortie du 16 mai 2010 au Roc Campana

La quête du genêt bleu

   

Nous étions une bonne vingtaine, rassemblés à Prades sur le parking du Super-U, prêts à découvrir ou à redécouvrir le mythique genêt bleu, Erinacea anthyllis Link, également appelé “genêt hérisson” en raison de ses longues épines acérées. Nos amis catalans du Sud le nomment aussi coixinet de monja, autrement dit “coussinet de bonne sœur”. La plante est d’ailleurs plus abondante chez eux qu’en France, où on n’en connaît à ce jour qu’une station, celle vers laquelle nous allons partir, en suivant un itinéraire tracé par Régine Chaudoreille et Michelle Pradiès.

Le canigou

La première étape, plus éprouvante pour les véhicules que pour les botanistes, consiste à emprunter, à partir de la route de Conat, une piste très pentue et souvent défoncée qui nous mène jusqu’au site de Belloc, village aujourd’hui ruiné dominant la vallée de la Tet. Plus chanceux que leurs chauffeurs, les passagers ont tout loisir d’admirer la flore environnante, notamment les amélanchiers en fleurs (Amelanchier ovalis Medik.).

Vue sur le Canigou, au cours de l'ascension

La journée est décidément placée sous le signe du genêt : parmi nos invités, Frédéric Andrieu, du Conservatoire botanique national méditerranéen, est venu certes pour le genêt bleu, mais aussi pour observer le genêt ailé du Dauphiné, Chamaespartium delphinense (Verl.) Sojak, sous-arbrisseau rampant qu’on ne rencontre que dans la Drôme et les Pyrénées-Orientales, où il est très abondant à Belloc. Il ne sera pas déçu puisque, à peine descendus de nos véhicules, la première plante qui s’offre à nos regards est justement le genêt du Dauphiné, qui nous accompagnera tout au long de notre promenade. Autre genêt intéressant que nous rencontrerons à plusieurs reprises, Genista cinerea (Vill.) DC., le genêt cendré, malheureusement pas encore fleuri. Il s’agit en l’occurrence de la sous-espèce ausetana O.Bolòs & Vigo, elle aussi abondante à Belloc.

Genet ailé
Chamaespartium delphinense (Verl.) Sojak ou genêt ailé du Dauphiné
Paronyque

Avec des spécialistes aussi pointus que Frédéric Andrieu et Jean-Marc Lewin, les déterminations s’accumulent, et on a parfois du mal à tout suivre, surtout lorsqu’on entre dans la jungle des sous-espèces. Les moins attentifs profitent en tout cas d’un paysage ensoleillé, à peu près abrité de la tramontane qui se déchaîne en plaine depuis plusieurs jours. Quelques plantes intéressantes au fil du chemin : le rare plantain argenté (Plantago argentea Chaix), lui aussi un habitué de Belloc, le gaillet glauque (Galium glaucum L.), l’asplénium des fontaines (Asplenium fontanum (L.) Bernh.), ou encore

Paronychia kapela (Hacq.) Kerner subsp. serpyllifolia (Chaix) Graebner. ou paronyque à feuilles de serpolet

Un chemin pentu nous conduit jusqu’à la petite église romane de Saint-Étienne de Belloc. Il est midi, et de l’intérieur de l’église nous parvient un délicieux fumet de grillade. Il n’en faut pas plus pour déchaîner l’appétit des enfants et de quelques adultes, qui réclament à cor et à cri la pause-déjeuner. Mais il faut grimper encore une bonne heure, admirant au passage la très belle lunetière à feuilles de chicorée (Biscutella cichoriifolia Loisel.), avant de poser nos sacs à terre. Pendant le déjeuner, Myriam découvre par hasard une crucifère assez rare à cette altitude, Hesperis laciniata All., la julienne à feuilles laciniées, aux grandes fleurs violacées.

Biscutella
 
Biscutella cichoriifolia Loisel. ou La lunetière à feuilles de chicorée

Nous voici maintenant à pied-d’œuvre : le genêt bleu nous attend, niché sur de blancs rochers dominant la vallée. Il est déjà bien fleuri, et les appareils-photos se déchaînent. La plante est bien entendu protégée nationalement, mais elle a suffisamment de défense pour assurer elle-même sa protection. Ce hérisson (latin erinaceus) mérite bien son nom !

Erinaceus erinaceus
Erinacea anthyllis Link ou genêt hérisson
Chenopodium

Pendant l’après-midi, nous montons jusqu’au pla d’Aussa. Près d’une grande bergerie ruinée, le sol est entièrement tapissé d’un chénopode qui crisse sous les pieds : son odeur caractéristique de poisson pas très frais permet de le déterminer sans hésitation, c’est Chenopodium vulvaria L., le chénopode puant. Sur les coteaux herbeux, de nombreuses plantes attirent notre attention, en particulier Iberis saxatilis L. (l’ibéris des rochers), Lithodora fruticosa (L.) Griseb. (le grémil ligneux), ainsi que les premières fleurs d’Androsace villosa L. (l’androsace velue). Les orchidophiles, qui n’ont pour l’instant pas eu grand-chose à se mettre sous la dent, se consolent avec de nombreux pieds d’un orchis identifié par Jean-Marc comme étant Orchis mascula (L.) L. subsp. olbiensis (Reuter ex Grenier) Ascherson & Graebner.

Chenopodium vulvaria L. ou le chénopode puant
 

La descente nous réserve encore bien des joies, par exemple de superbes vues sur la chaîne du Canigou, ou encore ces fritillaires des Pyrénées (Fritillaria nigra Mill.) que nous rencontrons en abondance. Les bords du chemin sont tapissés d’Arctostaphylos uva-ursi (L.) Sprengel, le raisin d’ours, et à l’orée d’un bois nous découvrons le sceau-de-Salomon odorant, Polygonatum odoratum (Miller) Druce, ainsi qu’une gesse assez rare, la gesse de Hongrie, Lathyrus pannonicus (Jacq.) Garcke.

Fritillaria
Fritillaria nigra Mill. ou fritillaire des Pyrénées
la vallée

Il ne nous reste plus qu’à reprendre nos véhicules et à redescendre vers Prades, avec un relevé bien rempli. Ce qui n’empêchera pas certains de s’arrêter au passage pour humer le délicat parfum des fleurs de l’orne, Fraxinus ornus L.

   
 
Texte : Jean Tosti
Photos : Monique Bourguignon et Jean Tosti